

DE LA TERRE
AU VERRE
En direct du Château Fourton La Garenne
avec Martine et Bernard RICHARD et... Aude
33750 Nérigean tél: 05.57.24.55.24
email: fourtonlagarenne@wanadoo.fr Blog: http://fourtonlagarenne.over-blog.com
N° 12 Novembre 2009
Editorial
Année 2009, année d'espoir avec une jolie sortie de mannes -boutons de la vigne- après une année difficile et une petite récolte.
Le mois de mai apporta sa chaleur et, cet excès fût durement payé: dans la nuit du 13 mai, un violent orage mélant vent, pluie torrentielle et grêle détruisit à moitié la récolte; douze jours plus tard, un nouvel orage de grêle achevait le travail du premier. La déception était immense mais la nature n'attend pas; il faut malgré tout continuer le travail sur le vignoble car il y a toujours le sol à travailler et les nouveaux rameaux à protéger.
Le marché paysan annuel que nous organisons permit à chacun de s'investir au cours du dernier week-end de juin.
Début juillet la demande d'une AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) voisine qui cherchait un maraîcher, nous permit de démarrer un contrat à partir du mois de septembre.
Ce même mois fût aussi celui de la récolte du raisin blanc puis des raisins pour élaborer le Rosé; on attendra octobre pour récolter les derniers cépages.
La chaleur nous a accompagné tout au long du mois d'octobre, la sècheresse commençait à se manifester mais novembre vient de rétablir l'équilibre avec sa fraîcheur et ses fortes pluies.
Nous allons détailler tous ces évènements dans ce journal avec un peu d'histoire;
Bonne lecture à vous et merci de rester fidèles à nos produits...
Vers un nouveau départ
(Par Martine)
L'année dernière, nous avons décidé de prendre une nouvelle orientation, de nous diversifier ...
Curieuse ironie du sort, il y a 40 ans, les agriculteurs ont été encouragés, pour ne pas dire poussés et contraints à se spécialiser. Ils ont abandonné les quelques vaches qu'ils élevaient, leurs champs de céréales, et même pour certains le poulailler et le jardin familial. La vigne régnait en maîtresse suprême jusqu'aux portes des maisons, ayant même supplanté les derniers arbres fruitiers que nos grands parents avaient plantés.
Nous voici donc faisant peu à peu le chemin inverse... fidèles en cela à notre réputation d' hurluberlus, de « mais qu'est ce qu'ils vont encore inventer ?!! ». Nous voici donc revenus à nos premières amours : le maraîchage !
Il a fallu d'abord,-jours peu glorieux-, arracher des vignes. Quel crève coeur pour un vrai paysan d'en être réduit à cela pour pouvoir survivre : ces vignes que nous avons plantées, entourées d'attentions, suivies pas à pas au cours des années, ces vignes encore dans la force de l'âge, il a fallu les arracher... Encore l'avons nous fait avec beaucoup de soins : récupération des fils de fer, des piquets encore valables, des pieds de vignes qui finiront royalement sous les grillades d'été ou dans une cheminée par une froide soirée d'hiver ...
Et puis les terrains ainsi récupérés se retrouveront vite occupés par d'autres plantations.
Mais pour la plupart de nos collègues, eux aussi poussés, contraints à l'arrachage, c'est le bull-dozer qui s'est chargé du travail. Et j'ai eu souvent les larmes aux yeux en voyant au bout d'un champs l'amas sans forme de piquets, pieds de vigne et de fil de fer... Quel symbole de notre époque, du mépris de notre travail d'agriculteur : prêt à broyer, prêt à jeter ...
Mais sur nos terres amoureusement travaillées tout au long des années précédentes dans le plus grand respect de l'environnement, la charrue a ouvert la voie à un nouveau départ : les légumes.
Et quel plaisir de voir cet automne les longs alignements de choux verts débordants de vitalité, des longues feuilles brillantes des blettes, la rondeur des salades, la douceur foisonnante des panaches de carottes, l'odorante présence des céleris, fenouils et tant d'autres choses encore!
Désormais nous recevons chez nous une douzaine de clients par semaine et tous les mardi nous portons à une AMAP 26 paniers de légumes variés.
Nous installons nos lourdes caisses sur des tables, un tableau indique à chacun ce à quoi il a droit cette semaine. Tout se passe dans la joie et la bonne humeur,
nous échangeons nos impressions, remarques, critiques, compliments et recettes !
Et puis vraiment, c'est un bonheur de travailler au jardin; depuis les premiers semis, graine par graine, les mains dans la terre, bien à l'abri dans ma petite serre, musique classique en sourdine...jusqu'au ramassage où tout le monde met la main à la pâte, alignant peu à peu les empilements verdoyants, et cela qu'il fasse soleil, qu'il gèle ou qu'il pleuve...
En passant par les inévitables désherbages à quatre pattes sur la terre souple, triant, selectionnant, arrachant pour constater avec un plaisir inégalé le travail accompli...
Oui j'aime cela, la création à l'état pur, cette impression que tout nait de nos doigts, de notre travail, quand la plante fragile se transforme, se renforce, explose d'energie et de beauté ...
Le bonheur oui, sans nul doute, le bonheur !
Un orage de grêle par ici, un orage de grêle par là ...
Chaque millésime a ses particularités mais je crois que celui de 2009 restera gravé dans nos mémoires pour longtemps ...
Deux orages violents de grêle se sont abattus durant la deuxième quinzaine de mai détruisant quasiment la totalité de notre récolte et celle de nos voisins.
Pour ceux qui ont internet, vous avez pu voir quelques photos et une petite vidéo des dégâts sur notre blog.
Le premier orage s'est abattu la nuit du 13 mai sur les jeunes pousses de vigne qui atteignaient jusque là les 30 à 40 cm de haut et se sont trouvées réduites à seulement quelques cm. Les milliers de petits grêlons ont détruit le haut des tiges ainsi que la presque totalité des grappes naissantes, ne laissant que des branches écorchées et des bouts de feuilles déchirés.
Le second orage, quelques jours plus tard, était accompagné de grêlons, gros comme des balles de golf, qui ont achevé les restes de végétation.
Nous avons réalisé des traitements à base de cuivre et de préparations de plantes, dans les jours qui ont suivi, afin de permettre à la végétation un maximum de cicatrisation.
Quelques semaines plus tard nous avons pu voir naître de nouvelles pousses que nous appellons « entre-coeurs » qui permettent d'assurer le végétal mais qui par contre ne possèdent pas de grappes ou très peu : ce sont les « verjus ».
Habituellement, nous ne récoltons pas ces grapilles qui n'ont pas le temps de mûrir et sont très acides avec peu de couleur, malheureusement cette année, seuls les verjus sont de sortie.
Au fil de l'été, nous avons pu constater la fragilité des branches qui cassaient au moindre choc, les petites grappes ont été sous alimentées car leur tige avait été, elles aussi très endommagées.
Les branches se dirigeaient dans tous les sens, ne facilitant pas nos travaux d'été, ni le passage correct des tracteurs.
Les vendanges de ce millésime ont été plus que bizarres ! Petite troupe de vendangeurs (nous ne pouvions pas nous permettre d'embaucher trop de monde vu le peu de récolte), la récolte s'est étalée sur quasiment deux mois entre les blancs et les rouges.
Nous avons pu nous permettre de récolter l'ensemble des « verjus » qui ont pu murir à terme, nous n'avons malheureusement pas pu remplir les cuves comme à l'habituel, mais seulement 3 petits lots de vin rouge, une petite cuve de blanc et une toute petite de rosé.
Nous n'avons pas pu faire de jus de raisin non plus vu les rendements...
La taille de cet hiver sera très complexe, les bois étant très endommagés, il faudra réussir à choisir les plus robustes qui pourront porter les raisins de l'année prochaine sans se briser.
La grêle étant un « risque assurable », notre région n'a pu être classée en catastrophe naturelle, chacun doit se débrouiller comme il le peut.
Oh oui ! Le millésime restera gravé dans nos mémoires ! Nous espérons fortement que celui 2010 ne nous réservera pas d'aussi mauvaises surprises mais plutot un très bon rendement qui nous permettra de re-remplir nos cuves ...
Aude
Un peu d'histoire...
Au cours de cette année 73-74, j'ai travaillé de façon à découvrir ce qu'était l'agriculture biologique. La rencontre d'un responsable régional de « Lemaire-Boucher » -une technique de travail en « BIO » - m'a donné des pistes pour avancer; s'en sont suivies de nombreuses visites d'agriculteurs bio et non bio, des discussions, débats autour de films ou de conférenciers, recherche de documents et, tout cela avec le groupe d'agriculteurs.
Quand mon pére m'a demandé si je voulais venir travailler avec lui sur la propriété, cela m'intéressa mais je posais une condition: que l'on envisage de travailler les vignes en bio;
-sa réponse a été: on en met la moitié en bio pour essayer et on voit pour le reste dans une saison; cette proposition me plût et c'est ainsi que j'arrivai le 1er août 1974 dans les vignes.
Au mois de septembre le temps des vendanges arriva accompagné de la pluie; le souvenir que je garde, c'est 25 jours de vendanges dont 2 jours sans pluie! bon démarrage dans ma nouvelle vie! L'année suivante toute la propriété est passée en « bio »; nous avons eu de nombreuses rencontres avec nos collègues viticulteurs bio de gironde pour échanger les idées et les nouvelles pratiques...
Bernard
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